Nils Köbis est chercheur postdoctoral à l’École d’Économie d’Amsterdam. En 2017, il a publié une intéressante thèse sur les mécanismes décisionnels et les facteurs qui influencent la dynamique psychologique du détenteur de pouvoir aux prises avec le dilemme de la corruption : l’analyse coûts/bénéfices, le sentiment de culpabilité, le contrôle de soi, les normes sociales et la confiance dont il jouit et celle qu’il accorde à ses complices.

Köbis tente de combler ce qu’il qualifie d’absence presque totale d’étude psychosociale dans une littérature sur la corruption principalement inspirée d’une macro perspective, qu’elle soit sociale, économique ou politique.

Sa contribution s’attarde à identifier et démontrer de façon empirique les déterminants à l’œuvre dans la prise de décision des personnes qui se livrent à la corruption. Cette approche a le mérite de mettre en lumière les forces et les faiblesses exploitables en prévention et en répression de la corruption.

Dilemme social

D’entrée de jeu, la thèse de Köbis distingue ce qu’il qualifie de dilemme social pour les acteurs de la corruption dans son cadre conceptuel : la corruption individuelle telle que le détournement de fonds et la corruption interpersonnelle comme celle qu’on retrouve au cœur des dossiers de pots de vin. Selon lui, ces deux dilemmes comportent des mécanismes psychosociaux différents et parfois même opposants. En outre, il tente de démontrer que les comportements de corruption sont conditionnés par ce que les autres font plutôt que par les normes sociales.

Les expériences menées dans le cadre de cette thèse tendent également à démontrer que la présence d’autres personnes dans l’environnement immédiat et dans le processus de décision permet de réduire l’occurrence de comportement non éthique et la corruption en particulier.

Finalement, Köbis soutient à l’aide d’expériences que la corruption n’est pas nécessairement un processus graduel (pente glissante) mais peut être le fait d’une opportunité qui se manifeste rapidement (falaise abrupte).

Bien que l’on connaisse déjà la distinction existante entre les formes individuelles et collectives de corruption, la contribution de Köbis permet de les voir à travers le regard de ses acteurs, qu’ils soient instigateurs ou complices. Ceci aura le mérite d’ajouter aux outils existants, un angle supplémentaire d’analyse qui supporte la prévention, la détection et la répression.

N.B. Dans nos échanges avec l’auteur à propos de la citation de sa thèse, celui-ci nous demandait de spécifier que quatre des six chapitres de sa dissertation étaient basés sur des articles publiés ou en révision.

The social psychology of corruption

Nils Köbis| Post-Doctoral Researcher | Amsterdam School of Economics | CREED – Center for Research in Experimental Economics and Political Decision-making | University of Amsterdam

http://psycnet.apa.org/record/2016-14996-002

Résumé réalisé par Pierre Brien