Cambridge Analytica et Facebook – la pointe de l’iceberg?

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En marge de l’affaire Cambridge Analytica et Facebook, s’il est une chose que la Commission Charbonneau a permis de démontrer, c’est que la corruption et la collusion sont une affaire d’offre et demande. Si un individu ou un groupe détient le pouvoir d’accorder l’accès à un produit, un processus ou une information convoitée (l’offre), quelqu’un sera prêt à payer ce qu’il faut pour s’assurer d’y avoir un accès privilégié (la demande).

En ce qui concerne la cas Cambridge Analytica, on en est qu’au début des enquêtes instituées par plusieurs gouvernements qui prennent soudainement conscience des menaces que plusieurs experts évoquent depuis longtemps en ce qui concerne les renseignements personnels détenus par les géants du web. On sait déjà que Cambridge Analytica fait affaire avec des organisations politiques dans de nombreux pays et qu’elle a soutiré les données personnelles de plus de 50 millions d’utilisateurs de Facebook. Toutefois, il est permis d’envisager que nous ne sommes qu’au début des révélations dans ce dossier. En effet, là où on se pâmait en 2008 durant la campagne électorale de Barack Obama, en vantant l’usage des médias sociaux dans la stratégie du camp démocrate, aujourd’hui, on s’inquiète que les mêmes informations soient utilisées pour détourner carrément les élections en occident et « pirater » la démocratie.

L’objet de ce texte n’est pas de livrer une analyse politique mais plutôt d’offrir une réflexion sur la valeur des informations personnelles que nous confions allègrement à toutes sortes d’intervenants (lire applications) sur la toile.  Nous pensons tous que les politiques de confidentialité affichées protègent nos informations et que, de toute façon, leur valeur individuelle est limitée à quelques campagnes publicitaires inoffensives. Mais quand on réunit des milliers et des millions de profils, cette valeur est multipliée et elle attise la convoitise des « influenceurs » de toutes allégeances.  La table est ainsi mise pour s’assurer l’accès à cette précieuse denrée et s’il leur est impossible de l’acheter en raison des politiques restrictives de confidentialité affichées par les sites détenteurs, ils trouveront une autre voie.

Actuellement, nous savons que Cambridge Analytica a pu avoir accès aux informations de Facebook grâce à ce qu’on appelle « une application tierce » autorisée par Facebook sous d’autres prétentions. On en sait très peu sur le processus d’approbation qui a ouvert la voie à cet accès mais il est permis de s’interroger et de le comparer à d’autres processus dévoilés par de multiples enquêtes de corruption dans les domaines des contrats, des achats et des embauches par exemple. Se pourrait-il que le processus d’accès aux renseignements personnels détenus par Facebook soit susceptible d’être détourné ou corrompu? L’enquête le dira…peut-être.

Pour l’heure, tous les regards sont tournés vers le fondateur Mark Zuckerberg. Le scandale naissant a déjà coûté 90 milliards de dollars US à l’entreprise en capitalisation sur les marchés alors que son action a chuté de façon spectaculaire. On apprend aussi que Facebook avait été exposé en 2011 par la Federal Trade Commission américaine pour avoir trompé les consommateurs en promettant de protéger leurs données confidentielles alors qu’elles étaient partagées (vendues) de façon répétée. Mais, qu’en est-il des autres géants comme Amazon, Google, Apple, Microsoft et j’en passe, qui accumulent depuis des années des informations personnelles qu’elles assurent protéger. Sont-elles aussi susceptibles de voir leurs processus de protection des informations être corrompu et détourné à des fins commerciales, criminelles ou politiques?

On a l’impression que cet iceberg n’a pas fini de se dévoiler.

 

Article produit avec la collaboration de Pierre Brien PCIP, PFSO ISO 37001 Certified Implementer.

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