Anti-corruption – Premiers retours d’expérience

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Dans un article que nous avons publié récemment, nous faisions part de l’adoption par la France d’une loi-cadre visant la corruption. Cette initiative française nous interpelle en raison de l’inspiration des législateurs français qui ont puisé les mesures phares de la Loi Sapin II dans les normes britanniques et américaines lesquelles sont également les principales sources de l’élaboration et l’adoption par les pays membres de la norme ISO 37001:2016.

Rappelons que ces mesures législatives françaises touchent 1600 entreprises qui emploient plus de 500 personnes et réalisent plus de 100 M€ en chiffre d’affaires.

Or, en mars 2018, KPMG France publiait les premiers retours d’expérience sur l’implantation des mesures imposées aux entreprises par cette la Loi Sapin II. Grâce à un sondage mené auprès d’organisations ciblées au cours du dernier trimestre de 2017, il est maintenant possible d’observer, en tenant compte de la réalité des affaires, l’ensemble des défis que représente l’implantation de systèmes de management anti-corruption.

Parmi les éléments révélés par cette analyse, on note les principaux risques de corruption identifiés par les entreprises, à savoir :

  • Les appels d’offres et les relations avec les tiers ;
  • Les conflits d’intérêts ;
  • Les intermédiaires et les « apporteurs d’affaires » ;
  • La politique portant sur les cadeaux et les invitations.

Bien sûr, d’autres risques apparaissent sur le « radar », mais pour les fins de cette étude, seuls ces quatre principaux risques sont rapportés.

D’autre part, les répondants ont identifié trois mesures qu’ils jugent difficiles à mettre en œuvre parmi l’ensemble des mécanismes de gestion anti-corruption imposés par la loi Sapin II. Ces trois mesures sont :

  • La cartographie des risques de corruption
    • Une cartographie des risques prenant la forme d’une documentation régulièrement actualisée et destinée à identifier, analyser et hiérarchiser les risques d’exposition de la société à des sollicitations externes aux fins de corruption, en fonction notamment des secteurs d’activités et des zones géographiques dans lesquels la société exerce son activité ;[1]
  • Les contrôles comptables
    • Des procédures de contrôles comptables, internes ou externes, destinées à s’assurer que les livres, registres et comptes ne sont pas utilisés pour masquer des faits de corruption ou de trafic d’influence. Ces contrôles peuvent être réalisés soit par les services de contrôle comptable et financier propres à la société, soit en ayant recours à un auditeur externe à l’occasion de l’accomplissement des audits de certification de comptes prévus à l’article L. 823-9 du code de commerce ;[2]
  • L’évaluation des partenaires
    • Des procédures d’évaluation de la situation des clients, fournisseurs de premier rang et intermédiaires au regard de la cartographie des risques ;[3]

Ces premiers retours d’expérience sont d’intérêt pour toute entreprise qui envisage l’implantation de systèmes de management anti-corruption (SMAC) car ils permettent de cibler les interventions sur les secteurs et les pratiques vulnérables.

En effet, l’appréciation des risques de corruption dans les processus d’affaires d’un organisme est un élément critique de la mise en œuvre d’un système de management anti-corruption. Il faut utiliser des méthodes d’évaluation qui sont reconnues sans pour autant complexifier à outrance ce processus d’analyse.

Rappelons-nous que nous évaluons les risques de corruption telle qu’elle est définie à la clause 3.3 de ladite norme :

« une offre, une promesse, un don, l’acceptation ou la sollicitation d’un avantage indu de toute valeur (financière ou non financière), directement ou indirectement, indépendamment du ou des lieux, en violation des lois applicables, pour inciter ou récompenser une personne à agir ou à ne pas agir dans le cadre de ses fonctions. »

Selon notre expérience, ce processus peut se réaliser efficacement avec des personnes clés de l’organisme et l’utilisation rigoureuse d’une méthode reconnue. Posez-vous la question suivante : « Si je procédais à l’évaluation des risques avec d’autres employés de mon organisme, est-ce que j’arriverais aux mêmes résultats ? » Si votre réponse est affirmative, c’est donc que la méthode utilisée et la rigueur démontrée étaient adéquates.

Pour ce qui est des contrôles comptables, il est surprenant que le sondage ait révélé certaines difficultés liées à leur mise en œuvre. Encore une fois, si la cartographie des risques est bien faite, l’identification de contrôles financiers pertinents devrait être facilitée.

Il est possible dans ce cas que ce soit plutôt la lourdeur des moyens de contrôle qui soit en cause. Identifier des moyens de contrôle financiers efficaces et efficients (les moins lourds possible) représente un défi qui n’est pas insurmontable.

Enfin, l’évaluation des partenaires est sûrement une tâche délicate et difficile. Cependant il existe des solutions à ce problème. Les engagements anti-corruption (par écrit) des partenaires d’affaires, les clauses contractuelles de retraits en cas d’incidents de corruption, les enquêtes par des firmes externes sont autant de moyens à la disposition des dirigeants d’organismes pour mitiger les risques réputationels associés à des incidents de corruption.

Les résultats de ces premiers retours d’expérience illustrent bien l’importance d’une planification rigoureuse de l’implantation d’un système de management anti-corruption au sein d’un organisme.

La formation adéquate du personnel impliqué dans l’implantation d’un système de management anti-corruption et le recours à un accompagnement professionnel et compétent tout au long du processus menant à la certification sont les deux éléments clés de sa réussite.

 

Article rédigé en collaboration avec Pierre Brien « Lead Implementer » et « Lead Auditor » certifé pour la norme ISO 37001

Source de l’article: https://home.kpmg.com/fr/fr/home/insights/2018/07/loi-sapin-retour-experience.html

[1] Source : http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0830.asp

[2] Source : Idem

[3] Source : Idem

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