Haïti ou le visage de la corruption systémique

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Ce qui frappe l’observateur externe qui suit l’actualité en Haïti, c’est l’ampleur de l’apparente déchéance sociale et économique qui transpire des nombreux reportages qui émanent de l’ancienne « Perle des Antilles ». Accablée par des décennies de problèmes politiques, environnementaux et économiques, le pays peine à se relever et à prendre sa place dans la période de prospérité économique dont jouissent pourtant les pays occidentaux. On pointe du doigt les nombreux facteurs qui ont contribué à vider cette première république de ses ressources et de ses cerveaux mais au-delà des séismes et des conflits internes, on trouvera toujours la trace d’une corruption érigée en système par des élites et leurs complices sur place et outre-mer.

Dans un texte antérieur, nous faisions allusion à la notion de « seuil de tolérance sociale » en décrivant le degré d’acceptabilité sociale face à un projet ou un comportement. Les sciences sociales proposent que le seuil de tolérance sociale puisse évoluer pour s’adapter à de nouveaux contextes qui mènent un comportement considéré comme criminel à devenir marginal puis normal au regard de la société. Plusieurs exemples peuvent être cités pour illustrer une telle migration. Par exemple, un produit comme la marijuana peut cesser d’être considéré comme dangereux et devenir acceptable au Canada. Conduire un véhicule énergivore comme un Humer peut être considéré comme symbole de réussite à une certaine époque puis devenir inacceptable d’un point de vue écologique quelques années plus tard.

D’autres exemples pourraient être mentionnés mais notre propos porte plutôt sur le rôle prépondérant qu’a joué et continuer d’exercer la corruption sur le maintien d’Haïti dans son état actuel. Tous ceux et celles qui ont séjourné durant une longue période en Haïti ont été à même de constater que l’état permanent de survie dans lequel se retrouvent la plupart des haïtiens a rendu la corruption « acceptable » car elle permet de subvenir aux besoins essentiels des familles laissées pour compte par l’État. La corruption n’est plus le seul apanage des politiciens mais elle s’est insinuée dans le système de valeurs de la société et revêt maintenant l’apparence d’un geste normal posé « de bonne foi » pour faciliter des transactions, obtenir des accès, émettre des permis, dédouaner des biens ou faire aboutir des négociations.

Pourquoi parler d’Haïti dans un blogue consacré à la norme ISO 37001? Parce que la corruption érigée en culture d’affaire qui fut révélée aux Québécois par la Commission Charbonneau et les enquêtes policières récentes n’est pas si différente du cancer qui ronge la société haïtienne. Elle émane des mêmes motivations et emprunte les mêmes schémas par le biais d’intermédiaires et de solliciteurs qui ciblent les bonnes occasions. Qu’il s’agisse de manipulation d’appels d’offres pour un hôpital universitaire ou de faire payer les études canadiennes de la fille d’un ministre d’un gouvernement étranger, la corruption trouve toujours un terreau fertile là où les normes d’éthique, les contrôles et l’imputabilité sont absents ou défaillants. Et si aucune mesure de correction n’est apportée, le cancer se répand et finira par atteindre toutes les strates de la société et tous les postes qui détiennent un pouvoir à monnayer.

Enrayer la corruption qui gangrène Haïti ne règlera pas instantanément tous ses problèmes et il ne faut être naïf au point de croire à la venue d’un quelconque messie. Toutefois, avec l’aide de la communauté internationale qui mise depuis longtemps sur la loi et l’ordre pour stabiliser l’État, une réorientation éthique basée sur un standard international de gouvernance telle que la norme ISO 37001 pourrait forcer les rouages administratifs et gouvernementaux à fonctionner de manière à favoriser l’investissement et encourager, qui sait, le retour des expatriés haïtiens pour contribuer à la renaissance économique et sociale de la Perle des Antilles.

Article rédigé par Pierre Brien – Consultant et auditeur certifié ISO 37001

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