Les menaces internes aux donneurs d’ouvrages

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Dans le cadre de notre article portant sur l’après COVID-19, nous avions identifié les principales menaces qu’il faudrait atténuer dans le cadre de l’effort de relance économique annoncé. L’une de ces menaces est interne aux donneurs d’ouvrages et tourne autour des personnes disposant d’une capacité à influer sur le processus d’attribution des contrats. Par processus, on entend toutes les étapes administratives et qualificatives qui jalonnent cette attribution.

Nous considérons ces personnes comme des menaces potentielles, car la crise que nous avons traversée (et qui se poursuit pour plusieurs) entraine des conséquences majeures sur les individus. Soyons clairs, nous ne prêtons pas d’intentions malhonnêtes d’emblée, mais nous entrevoyons plusieurs facteurs qui ont le potentiel d’influencer la boussole éthique de certains individus.

Il n’y a qu’a penser aux enjeux financiers pour certains. Les mises à pied, la réduction des heures de travail, le recours au crédit pour combler le manque de revenu et la lenteur de la reprise dans certains secteurs font partie des multiples pressions qui s’exerceront sur les employés.

Les corrupteurs sont très friands de ce genre de « collaborateur » et sont toujours à l’affut d’opportunités de les « aider ».

D’autre part, la structure même du travail sera sujette à des changements importants, ce qui aura pour effet de modifier ce qu’on pourrait appeler, l’écosystème des contrats publics. Pensons au télétravail notamment grâce auquel, un employé peut transiger en toute discrétion avec des personnes externes au processus sans craindre la vigilance des confrères qui œuvrent normalement dans le bureau d’à côté.

La combinaison de ces facteurs, aura-t-elle une influence sur le sentiment d’appartenance et la loyauté de l’employé ?

Les comportements illégaux émergent souvent de l’existence de zones grises dans une organisation comme des imprécisions concernant les règles, les processus et les contrôles internes. Dans le contexte actuel, l’organisation peut créer l’opportunité pour le recours à des actes illégaux et peut même créer une certaine pression qui amène le corrupteur à vouloir en profiter.

On sait que ces motivations sont centrales à la protection de l’intégrité du processus d’attribution de contrat. Comment donc atténuer cette menace ?

Dans un contexte de télétravail, la division hiérarchique du travail et les processus de prise de décision peuvent être trop vagues ce qui permet volontairement ou involontairement à un individu vulnérable à la corruption de se cacher et d’éviter qu’on le tienne responsable de corruption.

Au-delà des facteurs individuels et de la personnalité des employés, une saine culture organisationnelle constitue un élément clé pour la prévention de la corruption. Comment assurer le respect des procédures par les employés tout en favorisant la promotion des valeurs d’éthique et de professionnalisme ?

Les outils technologiques permettent-ils de surveiller l’étanchéité du processus administratif et du cheminement d’un appel d’offres ?

Peut-on légalement surveiller les activités et les comportements professionnels d’un télétravailleur sans violer ses droits à la vie privée ?

Toutes ces questions et bien d’autres feront maintenant partie de la réflexion que devront mener les dirigeants qui supervisent des personnes impliquées dans ces processus.

Voilà des défis importants pour les dirigeants des fournisseurs de biens et services.

Pierre Brien et Serge Barbeau

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