Les menaces externes aux donneurs d’ouvrages

, , , ,

Après avoir discuté de l’environnement social et économique Post-COVID-19 susceptibles d’être vulnérable à la corruption, nous avons examiné au cours des dernières semaines les menaces internes aux donneurs d’ouvrages.

Nous avons également abordé le Pacte d’intégrité et l’évaluation indépendante des risques de corruption comme éléments d’intérêt pour les gestionnaires conscients que l’écosystème de l’attribution des contrats publics allait changer de façon substantielle.

Au cours des dernières semaines, plusieurs reportages journalistiques font état de l’intérêt renouvelé des corrupteurs pour les occasions que présente une situation économique difficile pour les entreprises, les gouvernements et les individus.

C’est sur ces menaces externes aux donneurs d’ouvrages que nous souhaitons mettre l’accent cette semaine.

L’environnement externe des entreprises et des agences gouvernementales est composé d’intermédiaires, d’employés qui peuvent être vulnérables, des agents d’affaires, des partenaires commerciaux, des firmes de consultants et des entreprises spécialisées.

Ils sont tous présents à différents niveaux dans cet environnement et ils maîtrisent bien les rouages et le fonctionnement des systèmes d’attribution de contrats.

À l’instar des employés vulnérables « internes » dont nous avons discuté la semaine dernière, les fournisseurs de biens et de services ont aussi des employés qui peuvent être vulnérables. Ces derniers constituent également une menace pour les donneurs d’ouvrages.

En effet, ces employés « externes » ont souvent des contacts personnels avec des employés au sein des agences gouvernementales ou des organismes donneurs d’ouvrages, ce qui favorise l’accès à des données privilégiées sur les orientations et les intentions des dirigeants de ceux-ci.

Cet accès aux informations se traduit par un avantage indéniable lors de la rédaction d’une proposition pour des biens ou services.

Comme c’est le cas pour les donneurs d’ouvrages, la culture organisationnelle des fournisseurs, des firmes de consultants et des entreprises spécialisées constitue l’un des éléments clés dans les cas de corruption.

Plusieurs de fournisseurs de biens et services se sont retrouvés dans l’embarras, lorsqu’éclairé par des démarches judiciaires ou médiatiques.

Nous avons tous entendu la fameuse phrase « Tout le monde le fait ! Pourquoi pas moi ? » ou encore « Dans mon entreprise, la fin justifie les moyens, ce qui est important c’est d’atteindre les objectifs ! ».

En plus de l’aspect compétitif instauré au sein de la force de vente d’un fournisseur, la structure de rémunérations des agents d’affaires et des représentants commerciaux constitue un autre facteur important à considérer dans ce contexte.

En effet, l’expérience démontre que le pourcentage de la rémunération attribué directement aux résultats de ventes influence grandement le comportement des représentants. Plus ce pourcentage est élevé, plus les individus deviennent compétitifs et favoriser des comportements déviants.

C’est d’autant plus vrai si leur situation professionnelle, personnelle ou financière est précaire ou difficile. Le contexte organisationnel décrit plus haut les expose à ce que les employés perçoivent comme des solutions faciles pour faire disparaitre miraculeusement leurs ennuis.

Les stratégies de « développement des affaires » portées par une culture organisationnelle où « la fin justifie les moyens » constituent un contexte favorable à la corruption.

Devant ces menaces externes aux donneurs d’ouvrages, si des mesures préventives ne sont pas mises en place par ces derniers, la corruption et la collusion pourraient faire un retour en force dans un contexte social où le retour à la santé financière prend le pas sur l’éthique.

Dans un prochain article, nous discuterons de moyens pour atténuer les risques que constituent ces menaces dans le contexte Post-COVID-19.

Cependant, avant de réagir ou d’agir il convient de reconnaître que ce nouvel environnement social et l’empressement, parfois inquiétant des gouvernements à lancer de multiples projets pour soutenir l’économie, constituent des vulnérabilités collectives dont nous peinons actuellement à en mesurer l’importance réelle.

Pierre Brien — Serge Barbeau

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *